Bruxelles insolite : mankenpis et les autres statues qui font parler d’elles

Manneken Pis est une sculpture en bronze de 55,5 cm représentant un garçon en train d’uriner dans le bassin d’une fontaine. Réalisée par le sculpteur Jérôme Duquesnoy l’Ancien en 1619, elle se trouve près de la Grand-Place de Bruxelles. La statue visible dans la rue est une copie : l’originale est conservée au Musée de la Ville de Bruxelles.

La garde-robe de Manneken Pis : plus de 1 200 costumes officiels

La particularité la moins connue de Manneken Pis ne tient pas à sa taille modeste ni à son geste provocateur. Elle tient à son vestiaire. La Ville de Bruxelles recense officiellement plus de 1 200 costumes dans la collection de la statue, alimentée par des dons de gouvernements, d’associations et d’entreprises du monde entier.

Chaque habillage suit un calendrier précis, lié à des fêtes nationales, des événements sportifs ou des causes caritatives. Le 1er août 2026, Manneken Pis a reçu un nouveau costume de frituriste pour la Journée internationale de la frite belge : un habit blanc portant les mots « ketchup » et « mayo » sur les manches. Ce costume est présenté comme le premier rendant hommage au métier de frituriste, ce qui ancre la statue dans la promotion du patrimoine culinaire belge.

La garde-robe est conservée dans une salle dédiée du Musée de la Ville, accessible aux visiteurs. On y trouve des tenues de torero, de cosmonaute, de joueur de football, ou encore des habits traditionnels offerts par des dizaines de pays.

La statue de la Jeanneke Pis dans une ruelle pavée de Bruxelles avec grille en fer forgé

Jeanneke Pis et Zinneke Pis : la famille complète à Bruxelles

Manneken Pis n’est pas seul. Deux autres statues forment avec lui une sorte de famille officieuse, reliée par le même geste et le même humour bruxellois.

Jeanneke Pis, la petite fille accroupie

Jeanneke Pis est une statue en bronze représentant une fillette accroupie, installée dans l’impasse de la Fidélité, à quelques minutes à pied de la Grand-Place. Plus petite et plus récente que son homologue masculin, elle attire un public qui ignore souvent son existence avant de la découvrir par hasard au détour d’une ruelle.

L’accès se fait par une grille fermée par un cadenas. La statue est protégée derrière des barreaux, ce qui lui donne un aspect presque clandestin comparé à l’exposition permanente de Manneken Pis sur son coin de rue.

Zinneke Pis, le chien de bronze

Zinneke Pis représente un chien levant la patte, installé rue des Chartreux. Le terme « zinneke » désigne en dialecte bruxellois un bâtard, un chien sans pedigree. La statue incarne l’esprit mélangé et populaire de la ville.

Contrairement aux deux autres, Zinneke Pis n’est pas une fontaine fonctionnelle. Le chien lève la patte contre une borne, sans eau. Cette différence technique n’empêche pas la statue de compléter un trio que les guides touristiques présentent comme un parcours à faire à pied dans le centre historique.

  • Manneken Pis : angle des rues de l’Étuve et du Chêne, à deux pas de la Grand-Place
  • Jeanneke Pis : impasse de la Fidélité, derrière la rue des Bouchers
  • Zinneke Pis : rue des Chartreux, dans le quartier Dansaert

La statue du Zinneke Pis représentant un chien en bronze sur un coin de rue pavée à Bruxelles

Manneken Pis comme support d’art contemporain à Bruxelles

La statue ne se limite pas à son rôle de curiosité touristique. Elle sert de support régulier à des installations artistiques temporaires, ce qui la maintient dans l’actualité culturelle de la ville.

En août 2026, la campagne « Commerces en fleurs » a déployé 24 installations artistiques florales dans le centre de Bruxelles. L’artiste bruxellois Patrick Gerola a exposé dix sculptures de Manneken Pis de 60 cm au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Ville, intégrant la figure du petit garçon dans un dispositif d’art éphémère visible jusqu’au 16 août 2026.

Ce type de détournement artistique dépasse l’anecdote. Il montre comment une statue du XVIIe siècle reste un objet vivant dans le paysage urbain, réactivé à chaque nouvelle intervention. La ville de Bruxelles utilise Manneken Pis comme un vecteur de communication culturelle, capable d’attirer l’attention sur des événements qui n’auraient autrement qu’une visibilité locale.

Copies officielles du Manneken Pis hors de Belgique

Plusieurs répliques officielles de la statue existent en dehors de Bruxelles. L’une des plus documentées se trouve à Broxeele, une commune du département du Nord en France. Bruxelles et Broxeele partagent la même étymologie flamande : « broek-zeele », qui signifie « la maison des marais ».

En 1979, le maire de Bruxelles a reçu son homologue français pour célébrer le millénaire de la fondation de Bruxelles. Un an plus tard, la Belgique a offert une copie officielle du Manneken Pis à la commune française. Un jumelage entre les deux villes a suivi en 1981.

Ces copies ne sont pas de simples reproductions décoratives. Elles fonctionnent comme des marqueurs diplomatiques, des gestes de rapprochement entre communes liées par l’histoire ou la langue. Leur présence dans d’autres pays transforme le petit garçon de bronze en ambassadeur informel de Bruxelles.

  • La copie de Broxeele est la réplique officielle la mieux documentée en France
  • D’autres répliques existent dans plusieurs pays, offertes par la Ville de Bruxelles à l’occasion de jumelages ou de commémorations
  • L’original de 1619 reste conservé au Musée de la Ville de Bruxelles, à l’abri des intempéries et du vandalisme

Étal de souvenirs avec des répliques miniatures du Manneken Pis sur la Grand-Place de Bruxelles

Le trio Manneken Pis, Jeanneke Pis et Zinneke Pis résume un trait de caractère bruxellois difficile à traduire : la zwanze, cet humour autodérisoire qui préfère la provocation douce à la solennité. Une statue de 55,5 cm qui accumule plus de 1 200 costumes et inspire des installations d’art contemporain reste, plusieurs siècles après sa création, l’un des objets culturels les plus actifs de la capitale belge.